mercredi 1 janvier 2020

Luzabu lu tunga ntsimu, ntsimu ni yi santsa lubambu. Merci pour ce cadeau du nouvel an 2020 tata NDUENGA !




LE PROCES D'ANDRE GRENARD MATSOUA POUR SON COMBAT DE RESTAURATION DE LA DIGNITE AFRICAINE



          Après la défense de Kimpa Vita « la Jeanne d'Arc Congolaise », de l'Abbé Fulbert Youlou premier président de la République du Congo-Brazzaville et de Simon Kimbangu prophète et martyr congolais,

Maître Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu, Avocat à la Cour plaide aujourd'hui avec force pour André Grenard Matsoua devant le Tribunal de l'Histoire et de la Conscience populaire et universelle et ce, dans sa toute récente et dernière publication.

          Dans son remarquable et édifiant ouvrage de 186 pages intitulé « Le procès d'André Grenard Matsoua pour son combat de restauration de la dignité africaine », publié aux éditions les Impliqués-L'Harmattan en novembre 2019, l'auteur, Maître Rudy Mbemba revisite l'histoire de la colonisation française en pointant du doigt les injustices subies par le peuple Congolais et, au-delà par l'Afrique francophone.

          De l'examen du deuxième jugement en date du 8 février 1941, ayant condamné André Grenard Matsoua, à la peine d'emprisonnement à perpétuité par le Tribunal du second degré du département du Pool, il apparaît très clairement qu'il est victime, d'un régime colonial dictatorial comportant en son sein, un système judiciaire injuste non respectueux des droits de la défense.

          Ce qui est étonnant et qui ne relève guère du droit au sens strict du terme, c'est, le fait de voir avant qu'il n'ait été présenté et jugé devant le Tribunal du second degré du département du Pool, André Grenard Matsoua est soumis, en quelque sorte, à la vindicte populaire. En effet, il est présenté, ici et là, dans certaines localités du département du Pool, à l'effet de l'humilier, de le mépriser, de vouloir coûte que coûte faire croire à l'opinion publique qu'il ne serait qu'un escro, un voleur ou tout simplement un délinquant. [ « Le procès d'André Grenard Matsoua pour la restauration de la dignité africaine » P.111.

          Mais en dépit des manœuvres du colonisateur français tendant à discréditer l'action d'André Grenard Matsoua, en souhaitant vivement qu'il soit livré au bûcher avec l'approbation populaire, l'homme jouira d'une grande et profonde considération auprès des chefs traditionnels et de leurs populations.

          André Grenard Matsoua, « l'apôtre du développement intégral du Congo-Brazzaville » est grandement perçu par les siens, le peuple Congolais, comme l'homme de la situation, le symbole même de l'émancipation de l'homme noir ou des Africains. Il est, cette étoile d'espérance qui s'oriente avec beaucoup de ténacité vers la porte de sortie du mépris colonial pour accéder au stade de la liberté, celui du respect de l'être dans tous les aspects de son existence. [ P.113.]

          D'un point de vue judiciaire, l'examen du jugement d'André Grenard Matsoua, à l'instar de ceux de Kimpa Vita et Simon Kimbangu fait ressortir un simulacre de procès avec lequel, les règles de droit les plus élémentaires qui soient comme ceux de la défense sont manifestement violées. C'est ainsi qu'aucun d'eux ne bénéficie du ministère de l'avocat qui est une des garanties fondamentales de l'administration d'une bonne justice. [ P.123.]

          De plus, les faits, objet de poursuites, à l'encontre d'André Grenard Matsoua souffrent d'une grande ambiguïté judiciaire. Pour preuve, Matsoua est poursuivi pour des faits d'escroquerie plus exactement pour des faits de détournement de fonds. Aucune preuve n'est rapportée à ce sujet sauf à faire état d'une somme d'un montant de 110 000 francs Cfa qui aurait été recueillie par ses délégués de son association l'Amicale, les nommés Pierre N'ganga et Constant Balou se trouvant à Brazzaville auprès des  membres de celui-ci, alors même que lui-même Matsoua se trouve à Paris et qu'il n'est nullement et personnellement au cœur de la gestion de ces fonds. [P.52.]

          Ici, force est de remarquer que, l'infraction d'escroquerie ou de détournement des fonds reprochée à André Grenard Matsoua ne figure guère sur le code de l'indigénat extrait des archives coloniales du Congo-Brazzaville. [ P.131.]

          C'est une des caractéristique du code de l'indigénat qui comporte des infractions spéciales que l'on crée de façon arbitraire et destinées le plus souvent à favoriser le pillage des biens ou richesses des colonisés. [P.68.]

          En d'autres termes, les lois contenues dans le code de l'indigénat ne sont guère débattues et votées par une assemblée du peuple. Elles sont le fruit de l'imagination des administrateurs coloniaux enclins pour certains d'entre eux, à la vengeance et à l'arbitraire. Le pire dans ce système judiciaire colonial français est de constater qu'un administrateur, raciste et imbu de sa supériorité raciale, punit parfois par pur caprice. [P.68.]

          C'est ainsi que, l'étude analytique du procès d'André Grenard Matsoua, de par ses lacunes d'ordre judiciaire, démontre la haine et la volonté du colonisateur, en l'occurrence de l'administrateur des colonies, chef du département du Pool Pierre De Buttafoco d'étouffer la voix de la raison, celle qui aspire, à la liberté et au respect des droits de l'homme. Matsoua en est  le porte parole incontesté fort soucieux du bien-être de ses concitoyens. Pour cela, il se bat corps et âme, à l'effet d'entendre raison au colonisateur en ce que tous les hommes naissent libres et égaux en droit et que par conséquent, ils méritent respect et considération.

          En somme, comme le relève à juste titre Gilbert Doho rapporté par l'auteur, « André Grenard Matsoua fait partie de ces Africains qui, au sortir de la Première Guerre mondiale, ont aidé à vaincre l'oppresseur de leur oppresseur et qui ont goûté, hors des colonies, l'odeur de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, ces Africains-français vont corner les injustices dont ils sont l'objet. L'exemplarité du cas d'André est, à mes yeux source d'inspiration. Il est l'un des rares Africains à avoir organisé les indigènes de la métropole et des colonies, à avoir protesté par écrit contre le monstrueux instrument d'animalisation des indigènes, et à avoir payé le prix de son audace. Les recherches tardent à valider un homme qui, pendant que la Deuxième Guerre mondiale, rage contre la France, est outré de constater que les Africains sont, de nouveau, appelés à sauver leur oppresseur. L'ancien combattant Matsoua mène une guerre intellectuelle contre la France au sein de l'Amicale qu'il crée en France. Condamné une première fois en 1930 à trois ans de prison et à dix ans d'interdiction de séjour au Moyen-Congo, déporté au Tchad il sera de nouveau condamné en février 1941 à perpétuité...» [P.109.]

          Ceci dit, c'est à bon droit que Maître Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu considère, et il s'agit là d'un sentiment que je partage, que :

« Si pour certains auteurs, André Grenard Matsoua est l'autre Simon Kimbangu, pour d'autres, il est, à l'avant-garde, comme le sont aussi d'autres fils d'Afrique noire, dans l'Afrique des temps modernes, du combat mené par des illustres personnages comme Nelson Mandela, contre la ségrégation raciale, les discriminations instituées par le colonisateur ou l'envahisseur entre Noirs et Blancs. » [P.125.]

          C'est une étude judiciaire fort intéressante que je recommande volontiers à tout lecteur désireux de vouloir connaître l'application du droit par le colonisateur français sur le sol africain et sur la base du code de l'indigénat qui, en tout état de cause est une application tyrannique voire raciste et non respectueuse des droits des colonisés.

Eliezere BAHADILA ( Ndona Elior)

Licenciée en psychologie


         

vendredi 8 novembre 2019

Du pouvoir et de l'exercice du "Ki MFUMU" selon taata Nduenga


L'AUTORITE CHEZ LES KOÔNGO

DES MOTS ET DE LA CONSCIENCE SOCIALE EN MATIERE D'AUTORITE OU DE COMMANDEMENT CHEZ LES KOÔNGO


            D'un point de vue définitionnel, l'autorité est le pouvoir de commander, de prendre des décisions, ou de se faire obéir. C'est aussi, le fait d'exercer un pouvoir, étant entendu que, celui-ci est  l'ensemble des prérogatives qui permettent aux hommes et femmes appartenant à un groupe humain donné d'agir, de décider, d'une manière ou d'une autre, et ce, en accord avec les recommandations sociales communément admises par le groupe.

            Dans la société Koôngo, c'est le mot ki-mfumu qui renferme toutes les prérogatives afférentes à la notion d'autorité. C'est à ce titre que, le détenteur de toute autorité au sein de cette communauté Koôngo est appelé Mfumu.

            Lorsqu'il s'agit d'un détenteur de l'autorité dont la fonction est celle de diriger le village, on l'appelle communément Mfumu n'gâta, ou Mfumu nsi c'est-à-dire, le chef du village.

            A dire vrai, le mot Mfumu dérive du nom d'un arbre que les Koôngo désignent par le terme mu-fuma. Il s'agit d'un fromager lequel est, selon les croyances spirituelles bantoues et particulièrement Koôngo, un arbre sacré. Arbre géant et fascinant par sa taille, le mu-fuma ou le fromager africain, se reconnaît par sa taille de 40 mètres voire de 60 mètres. Il est particulièrement reconnu par ses énormes épines qui parent son tronc.

            Cela dit, un fort mysticisme entoure le mu-fuma ou fromager qui en fait un arbre respecté et protégé.

            En Afrique et particulièrement chez les Koôngo, le mu-fuma ou fromager est considéré comme un arbre sacré tout comme le baobab ou mu-koôndo en occupant notamment un rôle central dans beaucoup de contes où il aide le personnage principal, en se posant comme intermédiaire entre le monde sacré des humains et le monde des défunts. C'est l'arbre qui abrite, dit-on les esprits des ancêtres.

            De plus, le mu-fuma est un arbre médicinal qui, à ce titre comporte des propriétés anti-inflammatoires et hypoglycémiantes. Par exemple, la décoction de son écorce est utilisée pour traiter les coliques abdominales et le décocté des feuilles est utilisé contre les aptes, la gingivite, les diarrhées, les troubles intestinaux, les maux de ventre.

            Par ailleurs, le mu-fuma ou fromager est, aux Antilles, lié à l'histoire de l'esclavage où, il a servi , de par sa solidité, aux esclaves désireux d'échapper aux conditions de vie inhumaines, du fait donc de l'esclavage, de se pendre.


C'est ainsi que les esclaves étaient, dit-on persuadés que s'ils se pendaient aux branches de mu-fuma ou de ce fromager leur âme parviendrait à voyager au-dessus des mers et de retrouver celles de leurs ancêtres.

            Cela dit, chez les Koôngo, et ce, analogiquement parlant, l'arbre de mu-fuma, est en étroite relation avec le devenir existentiel de l'être ou du Muuntu. Autrement dit, comme le rapporte, à juste titre le père Van Wing, pour le Muntu, « Nzambi Mpungu uyidika beto minti dimoya », c'est-à-dire Nzambi Mpungu, l'Être suprême, le créateur de tout l'univers, le maître souverain nous a façonnés, arbres vivants. [ Van Wing in « Etudes Bakongo sociologie, religion et magie » 2ième édition 1959 P.298.]

            C'est dans cet ordre des choses que, le chef plus précisément le chef du village est assimilé chez les Koôngo, à l'arbre de mu-fuma ou fromager qui est, par excellence l'arbre symbolique du principe même de l'autorité.

            D'où l'étymologie du nom qui lui est attribué, celui de Mfumu ( qui n'est autre qu'un condensé du mot mu-fuma) par référence à l'arbre de mu-fuma lequel arbre est, entre autres, beaucoup apprécié par l'aigle pour établir son nid. En effet, l'aigle a un goût assez prononcé pour construire son nid d'un mètre cinquante sur des mi-fuma ou fromagers (ou bombax) à une hauteur de 30 à 50 mètres. C'est là où, il pond ses œufs en les couvant pratiquement pendant près de deux mois. Il peut voler sur de longues distances en s'écartant de son nid, mais il finit toujours par y revenir.

            D'où le proverbe Koôngo selon lequel :

« Mbemba ka zungana tululu tsiandi mu-fuma », c'est-à-dire, l'aigle peut quitter son univers résidentiel qui est établi sur les branches de mu-fuma en allant très loin, cependant il finit toujours par y retourner.

            Ce qui, sur le plan analogique, signifie qu'un ressortissant Koôngo peut sortir de son territoire en voyageant, à travers le monde, ici et là, n'empêche qu'il ne doit jamais oublier le Koôngo de ses ancêtres, la mère-patrie.


            Cela sous-entend que, l'exercice de l'autorité par le chef requiert, pour qu'il devienne effectif ou raisonnablement social et humain, la force, la justesse, la sagesse, l'habileté et le bon sens.

            Il s'agit là, peut-on dire, des qualités que lui reconnaissent ses sujets et en vertu desquels, ils se sentent en sécurité, à l'instar de Mbemba ou l'aigle qui n'hésite guère à retourner sur son nid construit sur des branches de mu-fuma tant pour sa sécurité que pour celle de ses petits que sont, les aiglons.

            C'est dans cette optique que, le représentant de l'autorité, chez les Koôngo est, en quelque sorte, un mu-fuma, c'est-à-dire, cet arbre robuste dont les racines sont solidement et durablement enfouies sous terre. Il est, somme toute,  un mfumu, en raison des prérogatives qu'il détient et en vertu desquelles, il est, le référentiel, le pilier social sur lequel repose les espoirs de tout un peuple, le justicier, le protecteur, le gardien de l'ordre social de son village.

            Le chef est, chez les Koôngo, un mu-fuma, c'est-à-dire un Mfumu parce qu'il jouit, comme le rappelle si bien le vénéré Emile cardinal Biayenda « d'une très haute autorité morale, politique et social. Il inspire crainte et confiance aux yeux des membres du clan et des alliés. Il est le symbole vivant du clan et de son unité. Il est celui qui est le dépositaire des insignes, biens familiaux et claniques laissés par les ancêtres : souvenirs, fétiches, etc... C'est l'intercesseur et le défenseur selon le cas du clan devant les vivants et les défunts. Il veille sur l'intégrité de la propriété clanique. » [ Abbé Emile Biayenda in « Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville » 1ière partie Thèse Institut catholique de Lyon 1968 P.37.

            Aussi, compte tenu de son importance, de sa gravité et donc de sa grandeur l'exercice  du pouvoir ou de l'autorité ou ki-mfumu n'a jamais été, chez les Koôngo, une affaire d'un individu même d'un clan dans un village abritant plusieurs familles claniques.

            De toute façon, tout prétendant au trône, dans l'ancien Koôngo, doit impérativement, peut-on dire, remplir les caractéristiques que voici : il doit être,

1.               un Ntootela, du verbe toota, ce qui veut dire ramasser, récolter etc. Il est, en quelque sorte, un ramasseur des terres, c'est-à-dire un partisan du dialogue qui, inexorablement passe par l'unité des clans ou villages et donc de l'union de plusieurs terres.

2.               Un Mu-fuma, autrement dit un mfumu, en ce qu'il doit être un puissant et un géant personnage, à l'instar de l'arbre robuste de mu-fuma, de par sa bonté, sa finesse d'esprit, son intelligence et sa sagesse dans l'art de gouverner le royaume.

3.               Un Mani, c'est-à-dire, un protecteur, un gardien avéré des biens de la communauté. Il est le possesseur des biens, à l'échelle royale pour un usage d'intérêt général ou d'utilité publique. Mâni étant ici un adjectif possessif ( ma n'gâta mâni, ce qui relève du domaine possessif de la royauté).


En définitive, le pouvoir royal était institutionnellement parlant exercé par :

- une caste dirigeante composée du Ntootela ( autrement appelé  Mani-koôngo, Mfumu nsi ou Mfumu n'toto) et de ses plus proches collaborateurs parmi lesquels figurent quelques gouverneurs de province.

- un Conseil d'Etat qui joue un rôle capital dans le choix du nouveau roi au moment des successions, dispose, entre autres, du  pouvoir d'exécution des ordonnances royales ou du Mfumu nsi. [ Actualité et Inactualité des « Etudes Bakongo » du père J. Van Wing. Actes du Colloque de MAYIDI du 10 au 12 avril 1980. P.74.]

- un Corps administratif lequel corps était constitué des gouverneurs de province, des fonctionnaires de la cour, des prêtres chargés du culte des ancêtres et des chefs de villages (Les Nkuluntu).


En somme, le Mukoôngo est démocratiquement très exigeant quant à l'exercice de ki-mfumu ou de l'autorité, car il a été, longtemps durant, marqué par la gravité et la probité qu'exigent la gestion des biens collectifs, l'esprit de justice et du respect des lois. Jadis, voire même aujourd'hui, un Mfumu ou le représentant de l'autorité politique ( le mot chef étant ici un terme inapproprié pour désigner le détenteur du pouvoir politique chez les Koôngo) est ou doit être à ses yeux, un médiateur plus que gendarme, un arbitre plus que juge, un guide éclairé plus que législateur.


             TAATA NDUENGA
                                            

lundi 24 juin 2019

" Luzabu salu luena !" Heureux, bienheureux est celui qui conduit ses amis à la source de la connaissance ! Taata NDUENGA, matoondo !



TAATA NDOUNDOU : PASTEUR DE L’EGLISE PROTESTANTE, EVANGELIQUE ET NGUNZA AU REGARD DE LA TRADITION KOONGO (1er MAI 1911/6 JANVIER 1986)

          Taata NDOUNDOU est certainement le pasteur le plus charismatique que l’église protestante et évangélique ait connu depuis sa fondation au Congo-Brazzaville.

          Daniel NDOUNDOU est né le 1er mai 1911 dans le village de Kindamba qui est situé dans le district de Mfouati dans le département de la Bouenza au Congo-Brazzaville. Ce village de Kindamba se trouve tout près de la frontière du Congo-Kinhasa à cinq kilomètres de Kingoyi (Ne pas confondre avec la ville de Kindamba située plus au nord dans la région du Pool).

Daniel NDOUNDOU est fils de taa Nsemi Mboko et de maa Bouanga Boua Mboukou.

          L’enfant NDOUNDOU porte un nom à signification. Un nom exprime, comme le rapporte le père Van Wing, la nature individuelle de l’être. Le nom n’est pas une simple étiquette, c’est la réalité même de l’individu. [ Van Wing in « Etudes Bakongo sociologie, religion et magie » Deuxième édition 1959 P.72.

          On appelle ndoundou [ albinos], écrit Georges Balandier, ceux qui, étant nés d’un père noir, ne laissent pas d’être fort blancs, avec les cheveux blonds et crépus. Et au sein de l’ordre initiatique de Koôngo dia Kimpasi existe Ma NDOUNDOU, la vénérable albinos, personnage insolite et redouté, être de l’autre monde, qui s’impose comme « l’actrice la plus influente. Au sein de cet ordre, elle est l’accompagnatrice des néophytes vers leur nouvelle naissance comme elle porterait un enfant en son sein. [ Georges Balandier in « La vie quotidienne au Royaume de Kongo du XVIe au XVIIIe siècle » Hachette 1965 P.216 et s.] Cette seconde ou nouvelle naissance fait d’eux des Nkita ou de véritables initiés.

          Par ailleurs, le nom NDOUNDOU est une liaison de deux vocables identiques à savoir : le Ndu.

          A dire vrai, le Ndu tend à exprimer dans la culture Koôngo, l’état d’élévation de l’être ou du Muuntu dans sa quête de perfection dans les savoirs et connaissances que lui offre la nature ou l’univers. C’est la traduction même de l’invitation de l’être à pouvoir comprendre et saisir les secrets de l’univers, c’est-à-dire de la sphère tant céleste que terrestre. [ Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu in « Le muntuïsme l’humanisme intégral africain » Société des écrivains 2006 P.88 et s.]

          C’est ainsi que, de par son nom, taata NDOUNDOU est, d’après la tradition Koôngo, un mu-kundula, mu-mpandula, c’est-à- dire un faiseur des mpandu ou actions salutaires tendant au bien-être des individus qui, dans la souffrance ou misère en ont véritablement besoin. Il est détenteur de Ndu ou ku-ndu, c’est-à-dire de cette science dont l’objet consiste en une recherche analytique, méticuleuse et soigneuse des éléments que compose le lwandu ou l’univers et ce, pour le bien ou le soulagement des âmes en souffrance.

          Dès son jeune âge, Daniel NDOUNDOU est très proche de son oncle maternel, le nommé Noé Nsemi qu’il accompagne de village en village pour ses prédications. Son oncle fera d’ailleurs partie des premiers congolais élevés au grade de pasteur durant les années 1940 au Congo-Brazzaville.

          Daniel NDOUNDOU est élève de l’école catholique au moment de l’avènement du mouvement de Simon Kimbangou. Très tôt, il quittera cette école avec quelques camarades pour intégrer le mouvement de Réveil qui sera constitué autour de la personne du prophète Simon Kimbangou.

          Daniel NDOUNDOU est un enfant pas comme les autres. Il aime se recueillir, prier, méditer puisqu’il a souvent des visions et certaines d’entre elles, comportent des révélations sur son destin. Il en fait part à sa mère qui l’exhorte à la loi du silence en lui recommandant notamment de garder ses expériences et de beaucoup prier.

          C’est ainsi qu’à l’occasion de son baptême en 1923, le jeune NDOUNDOU adopte le nom de Daniel pour s’identifier au prophète Daniel qui, dans l’Ancien testament est défini comme un homme indépendant et courageux, somme toute, comme un prophète.

          Daniel NDOUNDOU est consacré pasteur à Dolisie le 16 juin 1946, le même jour que l’un de ses collègues le nommé Jean Yayaka.

          Au sein de l’église protestante et évangélique, le pasteur Daniel NDOUNDOU sera l’un des dirigeants du mouvement de Réveil. En effet, entre les années 1920 et 1940, le Congo-Belge et le Congo-Français avaient été gagnés par un mouvement de Réveil qui, en milieu Koôngo donna lieu, à l’avènement des églises comme le Kimbanguisme, le Ngounzisme ou le Matsouanisme. Et le pasteur Daniel NDOUNDOU réussit très habilement à intégrer au sein de l’église protestante, évangélique quelques principes ou rites dominants des églises autochtones tournées essentiellement vers les croyances ancestrales.

          L’une des grandes figures de l’église protestante et évangélique au Congo-Brazzaville en la personne du pasteur Buana Kibongui, s’opposa ouvertement aux pratiques de taata NDOUNDOU, les considérant, peut-on dire, moins attrayantes, à la connaissance de la parole de Dieu en disant notamment que :

« Le pasteur Daniel NDOUNDOU insistait sur les manifestations spirituelles tandis-que moi, je mettais l’accent sur la nécessité de connaître la Bible pour mieux vivre les manifestations spirituelles. »

          La théologie de taata NDOUNDOU comporte trois aspects fondamentaux : elle est fondée sur la médecine révélée qui est associée à la culture traditionnelle qui, elle-même consacre en son sein, des diagnostics et des traitements sur la base des révélations avec des remèdes fabriqués à base aussi des plantes. Il y a aussi, l’usage de l’eau en procédant effectivement, à des bains de purification, comme le fit majestueusement en son temps, taata Simon Kimbangou en invitant ses adeptes, à ce type de rites à Nkamba, la nouvelle Jérusalem. Cette même théologie offre en dernier lieu, une place non négligeable à l’interprétation des rêves. Et pour taata NDOUNDOU, il était normal que Dieu parle à ses fidèles à travers les rêves d’autant plus que les récits précédant la naissance du Christ en sont une parfaite illustration.

          C’est à ce titre que, le pasteur Daniel NDOUNDOU consacrait dans le cadre de son ministère une grande partie de son temps à la cure d’âme personnelle et aux prières d’intercession comme dans les assemblées Ngunza. Il accordait une grande importance aux manifestations spirituelles.

          Un élève pasteur de 1965 à 1969 appelé Patrice Demba raconte la force spirituelle du pasteur Ndoundou qui, de surcroît lui conférait la qualité d’un véritable prophète dont les actes de guérison étaient le plus souvent en parfaite conformité avec ses paroles.

« tata NDOUNDOU avait prié pour une femme qui n’avait plus d’utérus. Il lui dit : « Ta foi est grande. Tu auras encore des enfants » tata Buana nous dit : « Ce que dit tata Ndoundou n’est pas vrai car cette femme n’a plus d’utérus. Elle ne pourra plus avoir d’enfants. » plus tard, cette femme mit au monde des jumeaux. C’est pour des choses comme ça que nous respections plus tata Ndoundou. »

          C’est là, une des caractéristiques de taata NDOUNDOU, homme d’église ou pasteur de l’église protestante, évangélique dont le nom fait aussi partie de l’égrégore Koôngo, en raison de son remarquable ministère de guérisons ou de miracles et de sa dimension charismatique qui lui confère, entre autres et ce, incontestablement la qualité d’un véritable Ngunza.

TAATA NDUENGA



dimanche 2 juin 2019

"kOOKA MAAJI, kooko mungua", "nsimu ni mayela", lubambu hana ngangu ! Matondo kua taata Nduenga !


      KOÔNGO DIA MOUKOUBA : CHEF DE TRIBU ET CHEF SUPERIEUR DANS LES PAYS DE MPANGALA DANS LE DEPARTEMENT DU POOL PENDANT L’OCCUPATION ET CE, DEPUIS 1921

Traître ou Digne fils de la Nation Congolaise ?

         Le chef Kongo ou Kongo dia Moukouba était un che

f remarquablement bien apprécié par l’administration française pendant la colonisation du Congo-Brazzaville. Il est défini par cette administration comme un homme :

« Intelligent, travailleur, règne sur quatre groupes : Bassoundi, Balari, Batéké, Minkengé. Il n’est pas de race pure. Il est issu de l’union d’un Balari avec une Bassoundi ».

         Pour le colonisateur français, le Chef Kongo ou Kongo dia Moukouba jouit d’une compétence et d’une autorité incontestables malgré la diversité des races et les manœuvres sournoises de certains de ses Chefs de terre qui ont tout fait pour lui créer des difficultés, saper son prestige et le détacher de nous. Kongo est d’un secours précieux à l’administration par son autorité, son bon sens, sa connaissance du pays et sa constance à servir la cause française même au milieu des pires difficultés. Côme Kinata in « Les ethnochefferies dans le Bas-Congo français : collaboration et résistance 1896-1960 » L’Harmattan 2001 P.105 et s.

         D’ailleurs, cette fidélité ou cette loyauté envers l’administration coloniale lui valut, hostilité et mépris de ses congénères, à l’instar du chef charismatique taata Mbiémo et l’un de ses frères Milongo réputé comme un nationaliste féroce auprès de l’administration coloniale française.

         Le Chef M’biémo et son frère Milongo sont des nationalistes ou des indépendantistes déclarés, connus comme tels par l’administration coloniale française qui n’hésiteront guère à le faire savoir lors de leur procès tenu le 18 novembre 1940 devant le Tribunal du second degré du département du Pool sous la présidence de Monsieur Pierre De Buttafoco administrateur des colonies et chef du département du Pool.

A ce propos, Chef du village Tsinamana du canton Kongo, taata M’biémo exprimera auprès du juge De Buttafoco sa désapprobation envers le Chef Kongo et ses acolytes en disant très clairement :

« J’avoue que je n’approuve pas leur soumission (Kongo et Kata) à la taxe de la Société de prévoyance, pas plus que leur zèle pour ce qui me déplaît. »

Quant à son frère Milongo, le redoutable, il fera un descriptif du chef Kongo, en le présentant implicitement comme un véritable traître de la Cause Nationale Congolaise en déclarant devant le même tribunal très hostile aux indépendantistes que :

« Je ne partage pas leur politique d’obéissance aux directives du poste tant en ce qui concerne les cotisations de la Société de prévoyance qu’en ce qui concerne leur obstacle à notre Amicale. En réalité l’autorité du chef Kongo était largement battue en brèche depuis son opposition à l’Amicale. Il fut même molesté par ses administrés en 1936 pour avoir accepté les semences d’arachides distribuées par l’administration coloniale alors que les populations les avaient rejetées. Son prestige dut être à tout moment renforcé par ses maîtres. »

Par ailleurs, dans l’un de ses courriers de février 1946, le Chef Kongo ou Kongo dia Moukouba adressé au Chef de département du Pool, fait état d’une violation de son domicile suivie de violences physiques dont il avait été victime de la part de ses adversaires, les pro-nationalistes en écrivant :

« dans la nuit du 13 au 14 février 1946, j’ai été attaqué chez moi, assommé, puis pillé par une bande d’une trentaine de Balali, venus de la terre Goma-Tsé-Tsé. Après m’avoir jeté à terre et frappé à coups de poings et de bâtons, ils ont brisé la porte et les fenêtres de ma case et l’ont mise à sac. Ces indigènes ont agi de la sorte sous le prétexte que je m’étais séparé de l’Amicale et qu’aux dernières élections je n’avais pas voté pour André Matswa. C’est d’ailleurs pour les mêmes raisons qu’ils ont frappé et pillé les autres chefs du Département. Je n’ai pas pu me défendre, tous mes gens m’ayant abandonné. » Côme Kinata Op.cit. P.107.

Il est certainement incontestable que le Chef Kongo ait été un illustre personnage, fort intelligent, compétent dans la gestion des biens et des hommes, ayant le bon sens et la connaissance de son pays. Cependant, son ambiguïté relationnelle et fraternelle, le manque de solidarité notamment vis-à-vis de ses compatriotes congolais, sa loyauté ou sa fidélité constante voire indéfectible envers l’administration coloniale française ne l’ont guère aidé à agir avec discernement pour le bien et la force de sa Nation Congolaise.


TAATA NDUENGA

mercredi 24 avril 2019

Bue tu sa ? Que pouvons nous faire ? Que podemos hacer ?

La question de savoir "Bue tu sa ? que pouvons-nous faire ? que podemos hacer ?" devient récurrente au regard des désordres générés par le vieillissement d'un monde qui s’agrippe aux vieilles méthodes de gouvernance et de savoir être dépassé par le changement de paradigmes qui nous impose une prise en compte réelle et effective d'un monde nouveau. Peut-être que les mutations intervenues depuis la fin du vingtième siècle et celles engendrées en toute hâte en ces débuts du vint et unième n'ont pas attiré notre attention, pour comprendre que plus rien ne peut plus demeurer dans la continuité statique structurelle au regard des bouleversements sociologique et anthropologique; car l'Homme n'est plus le même, de même que la société qui l’abrite connait de fond en comble des mutations avec le numérique qui révolutionne ses besoins et son mode existentiel, les mœurs allant avec !
 Au milieu de tout cela, "Bue tu sa ?" Changer au gré du temps et de l'espace où résister pour préserver ses acquis ? "Rien n'est absolu, tout est changement, tout est mouvement, tout est révolution, tout s'envole et s'en va." Frida Kahlo.  mais nous ne sommes pas encore parti ! Alors, comment devons-nous vivre ces changements qui bouleversent notre humanité ? En politique comme en religion, de nouveaux modes existentiels s'imposent au risque d'implosion. Lorsque l'Homme établi comme maître du temps et de l'espace ne contrôle plus rien ou presque, il devrait s'en remettre à la sagesse de la Nature qui commande toute chose et ne cesse de lui envoyer des messages qu'il n'est malheureusement plus apte à décrypter car passéiste ! Se remettre à l'école de la vie et à l'étude des mystères pourrait lui être utile plutôt qu'à s'accrocher à ce qui est passé et n'a plus d'avenir, même si notre avenir semble être paradoxalement dans le Passé ! Car c'est du Passé que vient le monde et à lui il retournera.
 Mon vieux, Auguste NKOUNKOU me disait: "Tu ne peux empêcher un oiseau construire son nid, mais tu as le pouvoir de l'empêcher qu'il le fasse sur ta tête". Refus de l’indifférence et du conformisme ambiant s'imposent, pour être un Etre de son temps. Ceux qui partagent la même vision d'un monde nouveau se mettront ensemble et ils vaincrons le vieux monde.
  LA FURIA DE VENCER

vendredi 19 avril 2019

Assurer la transmission c'est contribuer à l'édification d'un monde tel que nous voudrions qu'il soit.

Mon vieux  Auguste NKOUNKOU me disait:"L'avocatier donne ses fruits là où il est planté ! Bu kuenda bu nzenza, ku nat'andi kibaku, ka nata ntumbu."Un est le monde et unique est notre humanité. Bonnes vacances de printemps à tous !

Etre à l'écoute des enfants pour songer aux générations futures


Savoir accompagner la jeunesse, le vif présent du monde !
 La furia de vencer.