dimanche 10 février 2019

mercredi 9 janvier 2019

Mes vœux pour l'année 2019


Année 2019 : Résolument, l’année de la RED
·         Réconciliation
·         Efficacité
·         Détermination
     Pour vaincre, "mu Nunga" !
Vaincre qui ? Vaincre quoi ? Comment et pourquoi ?
2018 nous a révélé des failles considérables sur nos édifices familiaux, amicaux, sociétaux et consorts… faute d’harmonie en nous.  Des manques de justice sociale, des manques de vertus, des manques d’humanité. Alors, le déclin et le désastre se sont invités à nos portes, dans nos relations, dans nos foyers, sur nos lieux d’exercice professionnel, dans la collectivité locale qui nous abrite. Le déséquilibre relationnel a fait place au grand malaise social qui a donné naissance aux gilets jeunes, expression de la fin d’un monde avec ses systèmes névralgiques. Nous l’écrivions dans notre essai « MATALANA », autoédité au premier trimestre 2013 ( ouvrage encore disponible et diffusé par nos soins).
Il nous incombe individuellement de recoller les « Nzenga » (les morceaux) éclaté de nos cœurs brisés par d’innombrables blessures. Dès lors, la Réconciliation s’impose pour aller de l’avant avec une nouvelle année qui nous en donne l’impulsion et les possibilités, si nous voulons évidemment y investir de nos capacités.
  Réconciliation des mémoires, par un devoir de vérité sur nous-mêmes et sur les choses (les faits, les conjonctures) qui nous préoccupent.
   Réconciliation avec les autres, par la reconnaissance des fâcheux qui ont brouillé nos relations harmonieuses.
   Réconciliation avec la Nature, la Terre-Mère (Mama-Ntoto), par la réappropriation des lois cosmiques(le KIMUNTU aidant !)
   Se réconcilier pour harmoniser notre Etre dans sa dimension trinitaire.
Tout ceci, afin de nous vaincre nous-même d’abord, puis de nous tourner vers les autres, de façon à bâtir ou plutôt pour rebâtir ensemble, pour restaurer ce qui a été endommagé.
    Les voies de la sagesse sont multiples, mais celles de l’excellence ne se découvrent jamais fortuitement. C’est pour cela que nous devrions repartir à l’école des anciens : « Nkieno mia ba Mbuta. Mu tunga, tu fueni tungasana ; bungu tungasana ka lukuzi ko. Tungasana mpe ni tungudila mu wangula tungu, tabi ni kibedisa ».

Efficacité dans l’effacement, comme la sève qui fait vivre la plante par son action invisible. Le volcan qui va jusqu’à déclencher le redoutable Tsunami mûri son activité sismique dans les entrailles de la terre… le dégoût des réseaux sociaux dont les usagers opportunistes se livrent à traîner les autres dans les égouts montre à suffisance la nullité et la nudité d’un siècle où légèreté, frivolité et absence de profondeurs entraînent cette génération « transhumaniste » vers l’impasse et le chaos humain. Faudrait-il se résigner pour autant ? Assurément, non ! Le leitmotiv de l'efficacité est la recherche cohérente et constante de la perfection (mu sungika fueni tomo sungama nge-bene = on ne saurait exiger la perfection des autres tant que notre propre exemplarité ne saurait rayonner de son témoignage).
C’est la résilience qui s’impose, à défaut de la résistance. Mettre le cap à l’essentiel. L’efficacité produit du résultat tangible.

La détermination fixe le cap et les objectifs à atteindre, mais avec qui ? Avec quoi ? Par où et comment ? La détermination est aussi un choix et celui-ci entraîne des renoncements et un engagement ferme de devoir assumer l’option choisie. De facto, le discernement s’impose pour s’allier avec des partenaires porteurs de réalisme et de pragmatisme, afin d’avancer au large. Sur ce, une parole me permet de décider et d’avancer en dépit de tout écueil et des échecs que nous imposent les impondérables. « Quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra. »  (1Cor. 13, 10). Bien entendu que nous ne saurions faire l’économie des écueils imprévisibles. Il faudra tenir et avancer sereinement au milieu des méandres de cette humanité en perte de sens et de profondeur.
Les bonnes questions ne suffiront pas, il faudrait leur apporter des réponses adéquates et crédibles aux fins d’atteindre le but de tout projet qui consiste à réussir. Le but de planter un arbre fruitier est de pouvoir en recueillir des fruits.


   Que cette nouvelle année 2019 soit en phase avec nos aspirations les plus profondes et puisse combler nos désirs les plus sublimes, afin que nous obtenions des résultats pérennes dont d'autres pourraient tirer bon profit, pour l'intérêt général.
Bonne et heureuse année 2019 à tous les visiteurs de ce blog http:// nzenga.blogspot.com



KOUNKOU KUE Theodulos Auguste
« La furia de vencer »




dimanche 6 janvier 2019

En guise de vœux du nouvel an 2019, Nzenga.blogspot.com vous souhaite ses meilleurs vœux, par ce remarquable travail de Ma BAHADILA.


LE PROCES DE SIMON KIMBANGU PROPHETE ET MARTYR AFRICAIN


Maître Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu vient de pondre sur le marché du livre depuis le 4 décembre dernier aux Editions Les Impliqués qui est une structure éditoriale fondée par L’Harmattan, un nouvel ouvrage intitulé « Le procès de Simon Kimbangu prophète et martyr africain ».

Dans cet ouvrage qui comporte cinq chapitres, l’auteur, fait une critique du jugement rendu par le Conseil de guerre belge à l’encontre de Simon Kimbangu et ses disciples le 3 octobre 1921.

Simon Kimbangu est originaire du Congo démocratique. Il est né le 24 septembre 1889 et sera, à la tête d’un mouvement religieux appelé le kimbanguisme lequel s’exprimera, tant bien que mal, comme une réaction de protestation contre les injustices, la domination ou les discriminations du colonisateur belge envers ses compatriotes, les Congolais. Il apparaîtra aux yeux de ses adeptes comme un sauveur, un messie ou un envoyé de Dieu pour dénoncer les atrocités coloniales belges commises sur leur sol.

Pour le sociologue Georges Balandier que rapporte l’auteur dans son ouvrage « Depuis 1920, les messianismes congolais n’ont cessé d’affirmer leur activité, tantôt sur le plan religieux, tantôt sur le plan politique ( en organisant la résistance à l’administration coloniale), sans que la répression ne parvienne à d’autres résultats qu’à renforcer les églises en créant des martyrs » [P.22.]

Maître Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu note neuf chefs d’accusation retenus contre Simon Kimbangu parmi lesquels figurent, entre autres, la tentative de destruction de l’autorité de l’Etat par la tromperie vis-à-vis de la masse, la discrimination raciale contre l’homme blanc en s’attribuant par ses actes, propos et agissements…la qualité de rédempteur et de sauveur de la race noire. [ P.82.]

De par l’analyse des chefs d’accusation ou délits retenus contre Simon Kimbangu, il ressort très clairement une volonté du colonisateur belge d’étouffer le mouvement d’émancipation du peuple Africain, en l’occurrence du peuple Congolais.

Les règles de droit les plus élémentaires qui soient dans l’administration d’une bonne justice sont purement et simplement bafouées par celui qui prétend paradoxalement être le défenseur ou le garant du droit à savoir : le colonisateur belge

De l’observation du déroulé du procès de Simon Kimbangu tout laisse à penser qu’il est une victime innocente, à l’instar de Kimpa vita qui subit les flammes du feu esclavagiste au XVIIIième siècle dans le Koôngo royal et ce, avec la complicité des pères d’Eglise catholique vaticane romaine. Il en est de même du vaillant combattant de la liberté André Grenard Matsoua qui, dans les années 1940, va au Congo-Brazzaville, subir injustement les foudres du colonisateur français sur des faits non justifiés revêtant une fausse qualification juridique d’escroquerie.

Qu’il s’agisse de Simon Kimbangu, d’André Grenard Matsoua ou de Dona Béatrice Kimpa Vita, aucun d’eux ne bénéficie du ministère de l’avocat qui, sur le terrain du droit, constitue pourtant l’une des garanties fondamentales des droits de la défense.

De plus, Simon Kimbangu est traité par le juge colonialiste d’illuminé pour l’affaiblir et surtout pour ranger son action, comme du temps de Kimpa Vita, au rang des choses superstitieuses.

Pour l’Avocat belge Maître Jules Chomé que cite l’auteur, « ce jugement se passe évidemment de commentaires. Une telle indigence de motifs, susceptibles de personnaliser dans le chef de Simon Kimbangou un crime ou un délit, aboutisse finalement à sa condamnation à la peine capitale demeurera une monstruosité juridique, qui se suffit à elle-même et n’a pas besoin d’exégèse. » [ P.83.]

Quant à l’auteur lui-même Maître Mbemba, il considère qu’ « il ne s’agit aucunement d’un procès équitable. Il s’agit beaucoup plus d’un complot intelligemment orchestré par les autorités coloniales belges. Il est destiné à mettre en échec l’avènement d’une prise de conscience des populations congolaises sur leurs sorts ou conditions de vie qui au jour le jour, deviennent indignes. » [P.84.]

En résumé, la procédure judiciaire, à l’occasion du procès de Simon Kimbangu n’a pas été respectée. De ce procès, comme l’écrit à juste titre l’avocat belge Maître Jules Chomé, où l’on fit rétroagir la compétence du tribunal spécial, où tout se fit avec une hâte fébrile, où les accusés furent dépourvus de toute défense, où le principal accusé comparut et demeura devant son juge chargé de chaînes, où le même accusé, entre deux audiences, fut douché et frappé de douze coups de chicotte sur l’ordre du juge, ce procès…. a violé toutes les notions les plus élémentaires des Droits de l’Homme.[ P.89.]

En 2011, la Haute Cour Militaire en République Démocratique du Congo (RDC) avait tenu une audience de révision du jugement rendu à l’encontre de Simon Kimbangu le 3 octobre 1921, en l’innocentant au final. Si une telle démarche est louable sur le plan politique et culturel, il n’en demeure pas moins qu’elle est insuffisante sur le terrain du droit dans la mesure où Simon Kimbangu avait été jugé par les autorités coloniales belges et non par les autorités indépendantes ou autochtones, c’est-à-dire congolaises.

C’est pourquoi, pour clore le débat sur ce procès, il incombe raisonnablement aux autorités politiques congolaises, par l’intermédiaire par exemple du ministère des affaires étrangères et celui de la justice d’interpeller leurs homologues belges à l’effet d’une reconnaissance par la Belgique du non-respect des règles de droit dans le procès Kimbangu.

         En réalité Simon Kimbangu est la voix, la cause de l’émancipation de l’être qui refuse, en tous points de vue, la négation de son identité ou de sa raison d’être.

Enfin, après lecture de ce procès, je suis une fois de plus convaincue, l’Afrique ne pourra se développer que, dans l’unité et la sincérité convictionnelle des combats à mener voire lorsqu’elle saura connaître ses véritables adversaires, en transcendant et, en éliminant, en son sein, tout ce qui l’affaiblit, en commençant notamment par les divisions tribales ou ethniques. Car la force ou la puissance n’est, en réalité qu’une expression du principe de l’unité, à tous les échelons de la vie.


Eliezere BAHADILA (Ndona Elior)
Licenciée en psychologie

jeudi 18 octobre 2018

De la pérennité de la mémoire: "Wa dia fua yika dio"! Taata NDUENGA, se souvenant des trésors partagés avec Nzambi za maama BENAZO vient à son tour nous révéler un pan caché, sinon oublié de la mémoire collective Koongo: "Mbangi pfumu KIMBANGU, en la personne de Mbuta Simon-Pierre MPADI. Allons donc nous abreuver à la source "Mukelo" Taata NDUENGA.


SIMON-PIERRE M’PADI ET LA RESTAURATION DE L’IDENTITE AFRICAINE EN MATIERE RELIGIEUSE ET SPIRITUELLE


Simon-Pierre M’PADI est né au Congo-belge vers 1906 et il a, à peine, quinze ans au moment de l’arrestation du prophète Simon Kimbangu en 1921. Il va apparaître comme le deuxième prophète de l’Eglise noire congolaise. Et ce, durant une période où le mouvement créé par Simon Kimbangu connaît une période difficile en raison d’une persécution trop brutale voire redoutable de ses membres par le colon belge qui entend faire disparaître les traces de kimbaguisme.

Mais cette détermination du colon belge consistant à vouloir disparaître le kimbanguisme subira une dure épreuve avec l’apparition en 1939 d’un nouveau prophète appelé Simon-Pierre M’PADI. Il déclare être le successeur de Simon Kimbangu se donnant pour mission le réveil des consciences et de la reconstitution de l’unité passionnelle des débuts de l’Eglise kimbanguiste.

C’est dans ces conditions que Simon-Pierre M’PADI va se rapprocher des anciens disciples de Kimbangu réussissant à obtenir leur soutien actif.

A son propos, Martial Sinda rapporte que: “ en quelques jours, le mouvement messianique se reveille ; ses dirigeants, stimulés par Simon-Pierre M’PADI, redoublent d’efforts ; le succès vient aussitôt, rapide, total. Les autorités belges, qui pensaient avoir maté le mouvement n’gounziste, s’étonnent d’un tel résultat et de la rapidité avec laquelle la campagne a été menée.” [ Martial SINDA in “ Le messianisme Congolais et ses incidences politiques” Payot 1972 P.115.]

Cependant, tout en étant fidèle aux principes révolutionnaires définis par Kimbangu, Simon-Pierre M’PADI prêche avec virulence la séparation complète et définitive de l’Eglise noire et des Eglises missionnaires européennes. A l’effet de répondre aux aspirations des anciens et de son aîné le prophète Simon Kimbangu qui consiste à libérer les Noirs de la liberation étrangère en démontrant qu’ils ne sont pas inférieurs voués à la servitude économique et culturelle Simon-Pierre M’PADI va élaborer un programme sévère de l’Eglise noire.

Le désir de Simon-Pierre M’PADI est, rapporte Martial SINDA, de personnaliser le plus possible l’Eglise noire, de lui donner un statut suffisamment rigide pour éviter qu’on revienne à l’organisation multicellulaire du temps de la clandestinité. Cela l’amène, observe-t-il, à imposer aux fidèles la tenue kaki ; autre avantage de cette decision ; les fidèles pourront se reconnaître entre eux et s’entr’aider. Le port de cet uniforme devient un honneur ; il donne conscience au fidèle qui le revêt, d’appartenir à une communauté fraternelle, d’être le combatant d’une cause sacrée. [ Martial SINDA in “ Le messinaisme Congolais et ses incidences politiques” Op.cit P.117.]

Simon-Pierre M’PADI doit son succès, entre autres, aux miracles qu’il opère à l’occasion de ses prêches, circulant de villages en villages sur l’espace Koôngo des deux rives à savoir: le Congo-Kinshasa et le Congo-Brazzaville voire le Congo-Luanda, c’est-à-dire l’Angola. Ancien lieutenant de l’Armée du Salut, il va prendre ses distances vis-à-vis de cette Eglise missionnaire européenne sans la dévaloriser pour s’inscrire dans un élan d’émancipation et de liberation totale de l’homme noir.

Ainsi, pour Georges BALANDIER “…l’Armée du Salut, dont Mpadi a étudié minutieusement l’organisation, fournit le modèle d’une église à caractère militaire ; modèle qui  “séduit”, parce qu’il met en place une hiérarchie stricte et très apparente, parce qu’il renforce la tendance de l’Eglise congolaise à accaparer les fonctions sociales de base – religieuses, politiques et, dans ce cas, d’une manière très embryonnaire, militaire et de police…” [ BALANDIER (G) in “Sociologie actuelle de l’Afrique noire” PUF 1955 P.450.]

Simon MPADI et ses disciples vont élaborer une doctrine qui s’apparente à une sorte de déchristianisation aux termes desquels l’on note, entre autres que :

Les images que l’on vous montre et que vous croyez être des photographies sont des creations du Blanc. Pas plus au temps de Jésus-Christ qu’à celui d’Adam, la photographie n’existait. Les croix que l’on a répandues partout au Congo sont des artifices de Satan. La vraie croix était en judée et Jésus en a été retire, ne vous agenouillez jamais devant une croix. Les Juifs, ceux de l’Eglise de Moïse, n’ont pas d’images et de croix dans leurs églises. Nous n’en voulons pas non plus. Dieu nous a d’ailleurs séparés de Jésus-Christ, nous a donné un sauveur noir que les Blancs ont abattu (ou voulu abattre) à coups de fusils” [ BALANDIER Op.cit P.451]

L’expansion du m’padisme ou du kakisme inquiéta très sérieusement les autorités belges qui décidèrent de l’emprisonner. Il réussit par s’échapper une première fois en gagnant le Congo portugais, puis le Congo français, où il reprit son oeuvre apostolique auprès de ses frères Bakoôngo. Mais après de longues années d’apostolat, M’PADI sera arrêté une nouvelle fois, au cours d’une réunion des fidèles. Inculpé d’escroquerie par les autorités françaises, il sera condamné le 3 août 1949, à Brusseaux-Mindouli, et, le 17 mai 1950, remis aux autorités belges.

Cependant, prisonnier, Simon-Pierre devint pour les Bakongo le martyr-successeur. Son Eglise réussit à affirmer une pensée originale, proprement africaine : à la fois politique et religieuse, elle se définit comme toute pensée messianique congolaise par son nationalisme et son anticolonialisme. [ Martial SINDA in “ Le messinaisme Congolais et ses incidences politiques” Op.cit P.121.]


TAATA NDUENGA

Je dédie ce texte à ma défunte mère “Maama BENAZO Maama Wa Koôngo” qui m’a fait connaître ce personnage durant mon enfance et pour lequel, elle avait un profond respect.

dimanche 15 juillet 2018

ANDRE GRENARD MATSOUA " L'APÔTRE DU CONGO ET DU DEVELOPPEMENT DE LA CAUSE AFRICAINE "



                                                                   
André Grenard MATSOUA est originaire du Congo-Brazzaville et est d'ethnie Lari qui est celle des grands résistants comme BOUETA MBONGO qui, en son temps fut décapité par le colonisateur français pour son combat de liberté et de justice sociale.
                                                             

MATSOUA est né le 17 janvier 1899 à Mandzakala-Kinkala, dans une contrée proche de la capitale Brazzaville. Brillant élève de l'école de la Mission catholique de Mbamou, il reçoit quatre ans durant, l'enseignement des pères du Saint-Esprit. 

André Grenard MATSOUA est réputé pour sa soif de connaissance des principes qui régissent le destin d'un peuple. Pour ce faire, il a donc un projet d'aller plus loin dans les études. Malheureusement, celui-ci sera remis en cause, en raison d'un souci des pères missionnaires, en l'occurrence de l'Eglise catholique de vite former des cadres indigènes.

 Ainsi, MATSOUA ne peut, comme le relève à juste titre Martial SINDA, poursuivre plus avant ses études ; nommé catéchiste, il quitte l'école avec, pour tout bagage, la modeste culture d'un homme préparé à la hâte à un emploi religieux. C'est à ce titre qu'il sera nommé catéchiste au village de N'kouka Pierre à Mayama. [ M.SINDA in " Le messianisme congolais et ses incidences politiques précédé par les Christ Noirs de Roger BASTIDE Payot 1972 P.161.]

Eloquent, brillant orateur tout enseignant l'alphabet rudimentaire et les commandements de l'Eglise, André Grenard MATSOUA oriente de la façon la plus convaincante les réunions de catéchumènes où sont discutés, rapporte Martial SINDA, les problèmes du Congo. Ces problèmes, ceux des rapports entre Blancs et Noirs, ceux de l'avenir du Congo.

André Grenard MATSOUA est, en réalité un grand réformateur dont le chemin est, contrairement à Simon Kimbangou, politique. Toutefois, comme ce dernier, il éprouve le besoin de gagner de l'argent et d'accéder à une vie autonome. Pour ce faire, il quitte Mayama pour s'installer à Brazzaville où il entre aux services des douanes en 1919. En s'y installant MATSOUA est vite perçu comme un leader d'opinion, charismatique et un fervent défenseur de ce que l'on qualifie aujourd'hui en termes des droits humains. Il tient des réunions d'instruction civique dans les milieux les plus avancés de la ville, socialement et politiquement. Partout on parle de lui en constatant que naît en la personne de MATSOUA, un véritable leader politique. De plus, la cause du Congo et au-delà de l'Afrique centrale est, peut-on dire, sa raison d'être si bien qu'il n'a jamais pris, comme le relève Martial SINDA, femme sa vie durant. Fils de N'GOMA et de N'Koussou, il est l'aîné d'une soeur, Maleka Ma N'Goma et d(un frère, Malonga Ma N'Goma.

Durant l'année 1921, André Grenard MATSOUA débarque à Anvers puis à Bordeaux et à Marseille. C'est à cette période qu'éclate la guerre du Maroc : MATSOUA s'engage dans un régiment de tirailleurs dits " Sénégalais " et participe aux combats livrés contre les troupes d' Abd-El-Krim. L'ancien catéchiste apporte, d'après Martial SINDA, dans les tâches militaires qui lui sont confiées, le même zèle, le même dévouement que dans son travail aux services des douanes. Il se distingue à plusieurs reprises et obtient le grade de sous-officier.

En 1926, MATSOUA constitue à Paris avec l'appui moral et matériel de personnalités officielles, une association reconnue sous l'appellation de Société amicale des originaires de l'Afrique équatoriale française dont il assure la présidence avec la collaboration de quatre congolais. Au-delà du but portant sur une activité d'entraide, l'institution que crée MATSOUA vise à remédier à " l'état d'infériorité de ses compatriotes vis-à-vis des Blancs "

Le mouvement Amicale que crée MATSOUA connaît un franc succès au Congo-Brazzaville. Dans cette dynamique, MATSOUA, l'apôtre de " MAAMA WA NDOMBI ", cette Vierge Noire à laquelle, il croit beaucoup et autour laquelle s'inscrit tout le sens de son combat qui n'est autre que celui de la libération du peuple africain et d'égalité parmi les hommes, adresse au président du Conseil une lettre dans laquelle, il proteste contre le code de l'indigénat qui symbolise l'infériorité du colonisé, puis une seconde lettre où il critique certaine maison commerciale de Brazzaville, en dénonçant, entre autres, la stagnation économique de l'A.E.F.

Sous l'impulsion de l'Amicale, naîtra ainsi au Congo-Brazzaville un mouvement de contestation contre les injustices de tous genres instaurées par le colonisateur français. Ce mouvement de contestation se traduit non pas par des actes de violence ou de destruction mais plutôt par une campagne de passivité vis-à-vis des autorités administratives. Dès la fin de 1929, celles-ci réagiront en obtenant l'arrestation de MATSOUA qui se trouve encore à Paris. Un procès, fondé sur l'inculpation de trafic d'argent, aura lieu à Brazzaville durant les premiers jours du mois d'avril 1930. Le président de l'Amicale André Grenard MATSOUA est condamné à une peine de prison puis à l'interdiction de séjour.

Dans ce contexte, André MATSWA devient; écrit Georges BALANDIER, alors le symbole de tous les refus, de toutes les protestations exprimées vis-à-vis de la société coloniale . son éloignement au Tchad ne détruit en rien le mouvement qu'il a lancé avec plus de succès qu'il ne pouvait l'espérer. C'est à partir de cette époque que se développe véritablement, selon l'expression officielle, l'affaire Ba-lali : une dégradation des rapports entretenus avec les Européens qui donne lieu, selon les circonstances, à des crises épisodiques d'une certaine gravité- comme cela advint avec la défaite de 1940. André MATSWA est, poursuit Georges Balandier, arrêté une seconde fois en avril 1940, puis dirigé sur Brazzaville et sur la prison de Mayama. Il meurt, conclut-il au cours de sa détention, le 14 janvier 1942, de dysenterie bacillaire selon les indications du procès-verbal. [ G.BALANDIER in " Sociologie actuelle de l'Afrique noire P.U.F. 1971 P.398. ]

Une mort à laquelle les adeptes d'André Grenard MATSOUA n'ont jamais cru durant cette période de l'année 1942 pour n'avoir pu examiner ou voir son corps et surtout pour n'avoir eux-mêmes organisé ou participé à ses obsèques comme cela se pratique chez les BANTOUS. Sa  mort étant intervenue beaucoup plus tard, selon ses adeptes loin de sa terre natale. C'est à ce titre André Grenard MATSOUA est associé à l'image de " MAAMA WA NDOMBI " cette VIERGE NOIRE qui est le symbole de la cause du combat pour la liberté, la justice sociale et l'égalité parmi les hommes que les Bakoôngo inscrivent sur le registre du principe " Bôkwa bu ta tâ " qui, en réalité n'est autre qu'une affirmation de la volonté de rester fidèle aux idéaux des anciens qui sont ceux de la justice, la liberté, l'égalité et la famille à savoir la Nation Koôngo.


TAATA NDUENGA